Une rentrée où Vinted aura été partout. Oxfam a chiffré l’impact carbone d’une plateforme (comme Vinted) versus une boutique solidaire, son application est tombée deux fois en trois semaines, et sa discrète cofondatrice s'apprête à raconter comment tout a commencé. Le reste de la rentrée ne s'est pas fait attendre non plus : Natacha Polony nous a parlé filières textiles quelques heures avant d'entrer en politique, Amazon a vendu des cartons retournés sous étiquette « seconde main », Back Market a changé de patron, Paradigme a levé deux millions et le milieu des ressourceries affiche son ras-le-bol. Treize informations, sélectionnées et décryptées par CMCM.
1. Le malus ultra fast fashion est entré en vigueur, sans que la seconde main soit concernée
Depuis le 1er septembre, les pénalités prévues par la loi du 8 juillet 2026 sur l'impact environnemental de l'industrie textile s'appliquent aux produits de mode ultra-express. L'arrêté du 24 août ajoute au cahier des charges de la filière TLC un volet « pratiques industrielles et commerciales » qui module les contributions des produits obtenant un score inférieur ou égal à 0,8, sur deux critères : la largeur de gamme et l'incitation à la réparation. La revente d'occasion reste hors du dispositif, qui ne vise que la mise sur le marché de vêtements neufs. À noter aussi, depuis le 10 juillet : tout producteur TLC non établi en France doit désigner un mandataire sur le territoire.
2. Vinted arrime ses paiements à sa propre filiale… et tombe en panne
La bascule de Mangopay vers Vinted Pay est programmée au 5 octobre, marché par marché. Le centre d'aide de la plateforme confirme le transfert des procédures de vérification d'identité vers l'entité maison, y compris le traitement de données biométriques issues de la photo et de la pièce d'identité, supprimées une fois la vérification terminée. Des vendeurs rapportent déjà des contrôles déclenchés sur de simples retraits, avant l'échéance officielle. Au même moment, l’infrastructure lâche : le 8 septembre à partir de 15 h 50, application et site sont devenus inaccessibles dans plusieurs pays, colis bloqués, plus d'un millier de signalements sur DownDetector, aucune communication de la plateforme et une messagerie encore hors service deux jours plus tard. Deuxième incident d'ampleur en trois semaines.
3. Exclusif : Natacha Polony défend les filières textiles françaises sur CMCM, quelques heures avant son entrée en politique
L'essayiste, ancienne directrice de la rédaction de Marianne, n'avait jamais été interrogée sur la seconde main. Elle a répondu à CM-CM.fr le 28 août aux Universités d'été de l'économie de demain, en marge d'un débat sur le protectionnisme. Sa thèse tient dans un mot, dépendance : l'occasion fait circuler un stock constitué ailleurs, et sa matière première est la qualité du neuf d'hier. Interrogée sur ses propres usages, elle cite les boutiques françaises, les dons et les échanges et aucune plateforme. Le même jour, Le Parisien publiait l'entretien dans lequel elle annonçait le lancement d'un mouvement politique en vue de 2027.
Notre échange avec Natacha Polony
4. eBay authentifie le luxe d'occasion en France, trois semaines après avoir absorbé Depop
Le service authentification doit démarrer à la mi-septembre. Une fois l'article éligible vendu (chaussures, montres, sacs), le vendeur reçoit une étiquette prépayée et l'expédie non pas à l'acheteur mais à un centre d'authentification situé en Allemagne, qui vérifie la pièce avant de la réacheminer. Le dispositif a vocation à s'étendre à la plupart des pays de l'Union. Il arrive trois semaines après la finalisation, le 30 juillet, du rachat de Depop à Etsy pour environ 1,4 milliard de dollars. eBay attaque ainsi la seconde main de mode par les deux bouts : la communauté jeune avec Depop, dont 90 % des acheteurs ont moins de 34 ans, et le haut de gamme avec l'authentification, terrain sur lequel Vestiaire Collective a bâti sa différence.
5. Entretien : Paradigme lève 2 millions d'euros avec des mannequins IA
Le spécialiste du rachat de vêtements cofinancé en carte cadeau boucle un tour de 2 millions d'euros, mené par Hartwood et One Green, avec Showroomprivé, Pelintex et des business angels. Fondée par Vincent et Fabien Huché-Deniset, l'entreprise travaille avec une cinquantaine d'enseignes, écoule environ 75 % de ses pièces via ses partenaires et revendique un taux d'écoulement de 90 % à douze mois pour un panier moyen d'une centaine d'euros. Après la fermeture de ses flagships, elle assume un virage e-commerce et développe une activité SaaS d'IA vendue aux enseignes. CM-CM.fr a rencontré Vicent Huché-Deniset, qui industrialise les mannequins IA dans la seconde main
6. Back Market change de capitaine et jure sur la vie de sa mère
Clément Petit, jusqu'ici directeur financier, a pris la direction générale de Back Market au 1er septembre. Thibaud Hug de Larauze, cofondateur et directeur général depuis l'origine, devient président exécutif. Il quitte le fauteuil opérationnel au moment précis où il est le visage de la marque : dans la campagne mondiale « Toute la vie de Valérie », réalisée par Harold Einstein pour l'agence Mother London, il apparaît aux côtés de sa mère et prend l'expression au pied de la lettre. Si un appareil vendu par la plateforme présente un défaut, les affaires personnelles de Valérie, inventoriées dans son appartement, reviennent au client. Le message vise le dernier frein du reconditionné : la confiance.
7. Exclusif : 2 347 vide-greniers le week-end de rentrée
Les 5 et 6 septembre, notre comptage des vide-greniers recensait 2 347 manifestations en métropole. Ce marché brasse des volumes non mesurés : aucune statistique ne suit les flux d'objets qui y circulent, alors que les plateformes publient des chiffres trimestriels ou annuels.
8. « Ceci n'est pas un don » : plus de 400 kg de dons sauvages devant une ressourcerie
Nouveau ras-le-bol en ressourcerie. La ressourcerie d'Argenteuil L’ArgenTri a publié sur Instagram le décompte des dépôts laissés devant ses locaux : plus de 400 kilos à évacuer à ses frais. Le transfert de charge est le même à chaque fois, explique une fois de plus une ressourcerie : un coût de traitement supporté par une structure qui ne l'a pas provoqué, dans une filière REP qui ne le finance pas.
10. À Montréal, une ONG buzz avec un camion anti-Shein
Le 27 août, Équiterre a mobilisé devant la boutique éphémère Shein de la rue Sainte-Catherine, camion à ordures à l'appui, pour réclamer une loi fédérale canadienne contre l'ultra fast fashion. CM-CM.fr vous partageait les images de la scène qui ont fait le tour du net. Un entretien avec l’ONG est à paraître sur CM-CM.fr
11. Amazon classe comme « seconde main » des articles parfois jamais utilisés
Le groupe a reconduit ses « Jours Seconde Main » jusqu'au 10 septembre, trois jours de plus qu'en 2025, avec des dizaines de milliers d'offres en high-tech, gaming, cuisine, maison, beauté et fitness. Le descriptif du site range sous la même étiquette des articles endommagés en entrepôt, retournés, déballés ou réellement utilisés, classés en quatre niveaux d'état, de « comme neuf » à « acceptable ». Après avoir interrogé en 2025 sur cette pratique, CM-CM.fr revient sur la définition élastique de la seconde main par l’entreprise américaine.
12. Oxfam France oppose deux seconde main et chiffre l'écart
Dans un rapport publié le 10 septembre, Oxfam France compare les impacts environnementaux et sociaux des circuits de l'occasion textile et conclut que tous les modèles ne se valent pas. Les calculs, réalisés par RDC Environnement, portent sur 5 kilos de vêtements injectés dans chaque circuit : 0,6 kg CO2e en boutique solidaire, 2,9 kg en friperie commerciale, 3,1 kg sur les plateformes. La ligne de partage donc l'économie sociale et solidaire contre le lucratif. Le rapport rappelle que le chiffre d'affaires du secteur est passé de 1,2 milliard d'euros en 2018 à 6 milliards en 2022, et décrit une captation de valeur qui laisse la collecte, le tri et les déchets aux structures solidaires.
Six blocs de recommandations. Parmi elles : réduction contraignante de 30 % du nombre de pièces TLC mises sur le marché entre 2025 et 2035, obligation pour Refashion de flécher au moins 10 % des éco-contributions vers le réemploi porté par l'ESS, et interdiction faite aux metteurs en marché des « dispositifs de reprise d'articles de seconde main contre bons d'achat, remises ou conditionnés à l'achat de produits neufs » comme de la collecte « écrémante ».
13. Le talk de Milda Mitkutė, cofondatrice de Vinted en Belgique
La très discrète cofondatrice de Vinted, qui a quitté la direction opérationnelle en 2016, montera le 1er décembre sur la scène du Digital First Congress à Brussels Gate, Grand-Bigard, pour raconter les débuts de l'entreprise. L'intervention ne sera ni retransmise ni captée, confirment les organisateurs à CM-CM.fr.
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