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Seconde main : Natacha Polony défend les filières textiles françaises, quelques heures avant son entrée en politique

Maurane Nait Mazi
4 septembre 2026
4 septembre 2026
Temps de lecture : 3 min

Interrogée par CMCM aux Universités d'Été de l'Économie de Demain, Natacha Polony s'exprime pour la première fois sur la seconde main. Exclusif.

Natacha Polony n'avait jamais été interrogée sur la seconde main. L'essayiste de 51 ans, ancienne directrice de la rédaction de Marianne et aujourd'hui à la tête de la revue L'Audace !, a accepté de répondre à CM-CM.fr vendredi 28 août, dans un couloir de la Cité internationale universitaire de Paris.

Elle s'y trouvait pour les Universités d'été de l'économie de demain, le rendez-vous annuel du Mouvement Impact France, présidé par Julia Faure et Pascal Demurger, qui réunissait cette année 4 000 dirigeants autour du thème Independence Day. Elle venait de débattre du retour au protectionnisme avec Anne-Sophie Alsif, cheffe économiste de BDO France, dans « Sur le ring », une séquence de joutes en tête-à-tête.

CMCM l'a interrogée dans le prolongement de ce débat : ce qu'elle défend pour l'industrie, le défend-elle pour le vêtement ? Sa réponse ne varie pas.

« Pour qu'il y ait de la seconde main, il faut qu'il y ait de la première main de belle qualité, dit-elle à CMCM. Il faut maintenir des filières, des savoir-faire, qui aujourd'hui sont attaqués par un système productiviste fondé sur la publicité diffusée sur les réseaux sociaux, fondé sur l'impulsion, l'immédiateté, et absolument pas sur la recherche du temps long. »

Elle pointe une dépendance que le secteur de la seconde main connaît bien et commente peu. Le marché de l'occasion ne produit rien : il fait circuler un stock constitué ailleurs, cinq, dix ou vingt ans plus tôt, souvent bien moins depuis que l’ultra fast fashion alimente le marché. Sa matière première, c'est le neuf d'hier, et sa qualité.

Le terrain lui donne raison. Les acteurs français du réemploi solidaire alertent depuis deux ans : ils croulent sous des vêtements qu'ils ne peuvent plus revendre. Une étude sur les ressourceries montrait au printemps que la part de dons invendables progressait, et, un an plus tôt, Le Relais était contraint de fermer une partie de ses points d'apport volontaire faute de débouchés. Les friperies, elles, voient le stock de belles pièces se tarir.

Interrogée sur ce qu'elle recherche dans la seconde main (savoir-faire, rareté, prix, éthique…), l’éditorialiste tranche : « C'est un principe éthique. » Elle rappelle le rang de la mode parmi les industries les plus polluantes, juge la surconsommation « profondément inquiétante », puis déplace l'argument hors du registre écologique. « Le beau n'a pas d'âge, poursuit-elle. Donc un beau vêtement, dans une belle matière, vous conviendra toujours. » Le prix n'apparaît pas dans sa réponse. Sur ses circuits, elle cite les réseaux de boutiques français, les dons, les échanges, et « beaucoup les petites boutiques », y compris dans Paris. Aucune plateforme n'est mentionnée.

Natacha Polony coud ses propres vêtements depuis des années

L'argument n'est pas nouveau chez elle. Natacha Polony coud ses propres vêtements depuis plusieurs années et publie le résultat sur un compte Instagram dédié, Natacha Polony Couture : des photos d'elle dans ses pièces terminées, des cours pris auprès de professionnels comme le tailleur Jean-François Sorain, qui a habillé le Shah d'Iran, la reine Noor de Jordanie et Claude François, et le choix d'un passepoil simple plutôt que double sur une poche.

L'éditorialiste écrit depuis vingt ans sur la transmission, d'abord à propos de l'école, puis des métiers. « Coudre ses propres vêtements, c'est savoir comment ils sont faits, et donc retrouver une forme d'exigence, le sens de ce que valent les choses », conclut-elle.

Son annonce politique, le même jour

Ces propos ont été tenus le 28 août en fin de matinée. À 16 h 21, Le Parisien publiait un entretien dans lequel Natacha Polony annonçait le lancement d'un mouvement politique en vue de 2027 et, interrogée sur une candidature à l'Élysée, répondait : « Je n'exclus rien. »

Elle justifie ce basculement par une lassitude du commentaire : « J'en ai assez de commenter le désastre », explique-t-elle au quotidien, disant vouloir rassembler les « orphelins de la politique » contre le « vote sacrificiel ». La formule prolonge ce qu'elle disait le matin même de ses vêtements : faire soi-même plutôt que subir ce que d'autres produisent.

« Ma lignée, c'est le gaullisme social de Philippe Séguin et la gauche républicaine de Jean-Pierre Chevènement », déclare-t-elle. La réindustrialisation est au centre de son projet : elle appelle à un « état d'urgence de la production » et défend une réorientation de la commande publique vers la production française, puis européenne. Les priorités qu'elle énumère sont industrielles, énergétiques et alimentaires. Le vêtement, lui, n'est pas nommé.

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