La Ville de Paris a lancé sa campagne « Seconde main, premier choix » pour promouvoir le réemploi. Mais derrière ce mot d’ordre affiché dans l’espace public, la municipalité défend une vision bien précise : celle d’une seconde main solidaire, portée par les acteurs de l’économie sociale et solidaire.
L’enjeu, pour Paris, dépasse la seule question environnementale. En mettant en avant ressourceries, associations, coopératives et structures d’insertion, la Ville assume un choix politique : faire du réemploi un levier à la fois écologique, social et territorial.
Pour CM-CM.fr, Florentin Letissier, adjoint à la maire de Paris chargé notamment de l’économie circulaire, détaille les objectifs de cette orientation.
La seconde main, oui, mais solidaire
La campagne ne promeut pas n’importe quelle forme de seconde main, insiste l’élu écologiste. La Ville de Paris met en avant le réemploi solidaire, c’est-à-dire les structures relevant de l’économie sociale et solidaire : ressourceries, associations, coopératives ou structures d’insertion par l’activité économique.
« La campagne de communication que l’on a lancée porte sur le réemploi solidaire, c’est-à-dire celui des structures de l’économie sociale et solidaire ayant le statut ESS 2014, comme peuvent l’avoir beaucoup de ressourceries avec des chantiers d’insertion », explique Florentin Letissier.
Ce choix est assumé. La municipalité aurait pu inclure dans son discours les grandes enseignes ou les corners de seconde main développés par certaines chaînes. Elle a préféré mettre en avant les acteurs solidaires. « La carte de la Ville de Paris ne recense pas tous les lieux de seconde main. De grandes chaînes proposant des corners pourraient également être prises en compte. Le choix retenu relève d’une logique d’économie circulaire articulée aux enjeux sociaux et de l’insertion. »

Une manière de se démarquer du greenwashing
Pour Florentin Letissier, ce positionnement permet aussi de prendre ses distances avec un usage parfois très extensif de la notion de mode durable.
« Quand on parle de mode durable, cela veut dire plein de choses. Les grandes marques vont vous dire qu’il faut de la mode engagée, même les marques de fast fashion disent qu’elles ont des pratiques plus engagées. Il peut y avoir du greenwashing derrière. »
La promotion du réemploi par la Ville de Paris ne se réduit donc pas à un discours sur la consommation responsable. Elle s’inscrit dans une lecture plus politique de la production, du déchet et de la valeur locale, en liant transition écologique, insertion et économie de proximité.

Plus de 100 structures cartographiées
Pour accompagner cette politique, la Ville a mis en ligne une cartographie recensant plus de 100 structures de l’économie sociale, solidaire et circulaire. L’outil permet d’identifier des lieux où acheter, donner ou réparer vêtements, objets, appareils électroniques, bijoux, équipements de sport ou petit électroménager.
Cette carte donne aussi à voir la géographie du réemploi parisien. « Aujourd’hui, si vous regardez la carte, il y a des zones dans Paris où il commence à avoir une vraie offre. Elle se concentre dans le nord-est de Paris », observe Florentin Letissier.

La stratégie de création de filière économique
Pour l’élu, la campagne répond à un double objectif : faire connaître une pratique encore mal identifiée par le grand public et soutenir économiquement une filière encore fragile.
« Le réemploi est vertueux et peu connu finalement. Le grand public connaît bien le recyclage, mais moins la notion de réemploi », souligne-t-il.
La visibilité est d’autant plus importante que la solidité économique de ces structures dépend en partie de leur fréquentation. « Le succès des structures repose sur leur capacité à générer du trafic en boutique. En augmentant leur visibilité, nous espérons les connecter avec un public plus large et ainsi accroître leurs ressources économiques. »
À l’Hôtel de Ville, Florentin Letissier pilote un portefeuille réunissant économie sociale et solidaire, économie circulaire et stratégie zéro déchet. Dans cette logique, le réemploi occupe une place centrale : réutiliser avant de recycler. Une priorité qui répond aussi à une réalité très concrète : chaque année, 20 000 tonnes de vêtements sont jetées dans la capitale.
La Ville de Paris intervient notamment dans la phase d’amorçage des structures : aide à la recherche d’un local, soutien aux premiers investissements, financement de véhicules ou d’équipements.
« On intervient dans la phase de démarrage, quand les structures se créent. On les aide à trouver un premier local, on finance les premiers investissements, l’achat d’un véhicule, des équipements. C'est une logique de création de filière économique. »
Au-delà du lancement, le soutien se poursuit de manière récurrente, notamment pour les structures agréées employant des personnes en insertion. L’objectif affiché est de permettre à ces acteurs de gagner en autonomie et en visibilité.
Florentin Letissier ne présente pas Paris comme un cas isolé. Selon lui, d’autres villes soutiennent également leurs ressourceries. Mais la capitale disposerait d’atouts particuliers : des budgets importants, un historique ancien sur ces sujets et une capacité plus forte à structurer une filière.
« Il y a beaucoup de villes qui soutiennent leurs ressourceries. À Paris, on a une force de frappe importante car on a des budgets significatifs, un historique aussi, cela ne date pas de deux ans mais de plusieurs années. On a acquis une légitimité. »
Faire du réemploi un service de proximité
D’ici à la fin de son mandat, l’adjoint veut densifier le réseau de structures de seconde main et de réparation dans les quartiers parisiens. L’objectif est de faire du réemploi un service de proximité, accessible sans traverser la ville.
« À la fin de mon mandat, j’aimerais voir un maillage plus dense de structures de réemploi solidaire. Aujourd’hui, il y a des zones dans Paris où il commence à y avoir une vraie offre et d’autres où il n’y en a pas. Il faut que, dans son quartier, il y ait des solutions, sans avoir à aller à l’autre bout de Paris. »
Sans avancer de cible chiffrée, Florentin Letissier défend le réemploi dans les usages urbains et dans le quotidien des habitants.
Catégorie : Pouvoirs

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