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Pourquoi Vinted retarde son introduction en bourse ?

Maurane Nait Mazi
4 août 2026
4 août 2026
Temps de lecture : 3 min

Entre une conquête américaine encore naissante et des actionnaires prêts à patienter, Vinted préfère la prudence à la précipitation boursière.

Mi-juin, Vinted réaffirme son ambition boursière : « Notre position n'a pas changé : nous prévoyons une introduction en bourse », déclare Maurizio D'Arrigo, directeur financier du groupe, au quotidien italien La Stampa. Un mois plus tard, le directeur général Thomas Plantenga tempère : il exclut toute cotation tant que l'expansion américaine du groupe n'est pas assurée. Se lancer dans une introduction en Bourse en pleine conquête du marché américain serait, selon ses mots, « de la folie », confie-t-il à Bloomberg. Cette prudence donne la mesure du chantier engagé outre-Atlantique.

Deuxième round aux États-Unis

Le marché n'est pas nouveau pour Vinted : la plateforme est présente aux États-Unis depuis 2013, mais elle n'y avait jusque-là réussi qu'à construire une base d'utilisateurs restreinte. Le redressement mené par Thomas Plantenga à partir de 2016 s'est fait marché européen par marché européen, sans les États-Unis. Vinted passe à l'offensive aux États-Unis en janvier 2026, avec New York comme tête de pont et plusieurs dizaines de millions de dollars investis dans la notoriété de marque et l'adaptation de la plateforme aux usages locaux.

Cette fois, les premiers résultats donnent raison au pari : les analystes de Wells Fargo relèvent que le nombre d'utilisateurs actifs quotidiens de Vinted aux États-Unis a été multiplié par plus de six au deuxième trimestre 2026. Sur les seuls téléchargements, le cabinet Appfigures en compte 2,6 millions entre janvier et avril 2026, contre 286 000 un an plus tôt. En juin, l'application a même décroché la première place des applications de shopping les plus téléchargées du pays, devant Amazon, Walmart, Shein et Temu.

Reste que la partie est loin d'être gagnée. Vinted affronte des acteurs déjà installés : eBay (qui a racheté Depop pour environ 1,2 milliard de dollars), Facebook Marketplace, Poshmark et ThredUp, sur un marché américain de la seconde main appelé à presque doubler pour atteindre environ 40 milliards de dollars en 2029.

Le leader européen de la seconde main revendique 10,8 milliards d'euros de volume d'affaires (GMV) en 2025, soit +47 % sur un an, pour 1,1 milliard d'euros de chiffre d'affaires (+38 %). Le résultat net recule en revanche de 19 %, à 62 millions d'euros, une baisse attribuée à des investissements accrus en Allemagne et dans la branche logistique Vinted Go.

8 milliards et toujours pas cotée

Cette baisse de rentabilité n'a pas empêché les investisseurs de valoriser l'entreprise à 8 milliards d'euros lors d'une cession secondaire de titres réalisée en avril 2026, contre 5 milliards en 2024. Vinted compte parmi ses actionnaires le fonds suédois EQT, entré au capital en 2021, mais aussi BlackRock, le Fonds de pension des enseignants de l'Ontario et Schroders Capital. Cette cession secondaire, plutôt qu'une cotation, offre de la liquidité aux actionnaires historiques sans exposer le groupe aux obligations d'information ni à la volatilité des marchés financiers.

Le sujet IPO n'est pourtant pas mis de côté : Thomas Plantenga confirme discuter déjà avec des banquiers et renouveler progressivement son conseil d'administration, en remplaçant les profils capital-risque par des dirigeants habitués à la vie d'une société cotée. Mais aucune échéance n'est fixée. La priorité reste, pour l'instant, la percée américaine.

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