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Vinted, H&M, Primark… : 69 entreprises pour une seconde main moins taxée

Maurane Nait Mazi
7 août 2026
7 août 2026
Temps de lecture : 5 min

Depop, Poshmark, The RealReal, Rentrayage, Vinted, Vestiaire Collective… Plusieurs plateformes de seconde main figurent, aux côtés de géants de la fast fashion comme Inditex, H&M ou Primark, parmi les 69 signataires d'un même appel à réforme fiscale ; une coalition suffisamment rare entre les deux bords de l'industrie pour être soulignée. Un rapport de la Fondation Ellen MacArthur, organisation britannique qui œuvre pour la transition vers l'économie circulaire depuis 2010, publié en mai dernier, avertit que l'industrie textile et le commerce de l'occasion ne pourront pas rivaliser avec la fast fashion sans une refonte de la fiscalité par les gouvernements.

Intitulé « The New Bottom Line » (« La nouvelle ligne de compte »), le rapport est adossé à une déclaration commune, signée par près de 70 entreprises et organisations du secteur textile, plateformes, distributeurs et enseignes confondus : Vinted, Vestiaire Collective, ThredUp, H&M Group, Primark, Zalando, Decathlon, Etsy, Lacoste, Arc'teryx et Reformation, entre autres. Le texte exhorte les pouvoirs publics de l'Union européenne, des États-Unis et du Canada à lever les freins fiscaux qui pèsent sur la viabilité économique des modèles circulaires.

Le marché mondial de la mode circulaire, porté par la revente et la réparation, devrait atteindre 393 milliards de dollars d'ici 2030 (une croissance deux fois plus rapide que celle du reste de l'industrie textile), selon des chiffres de la plateforme américaine ThredUp repris dans l'étude de la Fondation. En 2025, ce marché mondial de la seconde main a déjà progressé de 13 %, captant environ 10 % des dépenses totales en habillement. Aux États-Unis, il croît près de quatre fois plus vite que le marché de l'habillement dans son ensemble, porté par 59 % des consommateurs ayant acheté au moins un article d'occasion dans l'année. En Europe, la France, la Pologne et le Royaume-Uni ont déjà atteint environ 10 % de part de marché sur l'habillement. Mais sa rentabilité reste entravée par un système fiscal qui taxe les vêtements à chaque transaction, alors que leur production, largement automatisée et délocalisée, échappe à cette charge répétée.

Pourquoi la fiscalité freine ?

Contrairement à la fabrication de vêtements, en effet, les activités de tri, de logistique inversée et de réparation restent intensives en main-d'œuvre et ne bénéficient pas des mêmes économies d'échelle. Le marché européen de la réparation textile illustre ce flou statistique : la Fédération de la Mode Circulaire l'évalue à 2,7 milliards d'euros en 2024 (dont 40 % pour la seule France), quand l'Agence européenne de l'environnement l'estime à seulement 447 millions d'euros, soit 0,25 % des ventes totales de vêtements. Un écart qui traduit le manque de données fiables sur ce secteur. Selon la Fondation, la main-d'œuvre représente à elle seule la moitié du coût unitaire d'une réparation, contre 35 % pour la revente.

La modélisation du rapport porte sur trois pays européens (France, Allemagne, Pologne) et trois régions d'Amérique du Nord (Californie, Michigan, Colombie-Britannique) - des zones à forte consommation et forte production de déchets textiles. Le constat qui justifie ce choix est sans appel : un Américain achète en moyenne 53 vêtements par an (quatre fois plus qu'en 2000) et en jette 17 millions de tonnes chaque année. Au Canada, sur 1,3 million de tonnes de vêtements mis sur le marché annuellement, 1,1 million finissent en décharge.

Trois leviers fiscaux pour rendre la revente et la réparation rentables

Pour rendre la seconde main plus compétitive face à l'achat de vêtements neufs, la Fondation Ellen MacArthur préconise trois leviers combinés : une réduction ou suppression de la TVA sur les produits d'occasion et les services de réparation en Europe (et une suppression des taxes de vente équivalentes en Amérique du Nord) ; un allégement des charges sociales sur les emplois de la revente et de la réparation en Europe, doublé de crédits d'impôt en Amérique du Nord ; et un renforcement des filières de responsabilité élargie du producteur (REP), pour financer la collecte et le tri à grande échelle.

Le déséquilibre est structurel : dans les pays de l'OCDE, le coin fiscal moyen sur le travail salarié atteint 34,9 %, quand les taxes liées à l'économie circulaire ne représentent que 0,9 % des recettes fiscales totales en 2023. Concrètement, le rapport modélise une TVA ramenée à 6 % sur la revente et la réparation en Europe, une suppression totale des taxes de vente aux États-Unis et au Canada, et une réduction des charges patronales sur ces emplois : de 26,7 % à 10 % en France, de 16,8 % à 10 % en Allemagne, de 14,1 % à 10 % en Pologne.

Baisse de TVA sur la réparation : la France citée en exemple

La France sert d'ailleurs de cas d'école. Pionnière avec la première filière REP textile au monde, lancée en 2007 et récemment redotée d'un budget de 150 millions d'euros pour financer le bonus réparation, elle a vu ses députés voter en novembre 2025 une baisse de la TVA sur les services de réparation textile de 20 % à 5,5 %, dans le cadre du budget 2026 (sous réserve d'adoption définitive au Sénat). Une mesure qui préfigure exactement ce que la Fondation réclame à l'échelle européenne.

Selon les modélisations de l'étude, l'application combinée de ces mesures permettrait de porter les marges brutes jusqu'à 55 % pour la revente et environ 41 % pour la réparation. Un potentiel que salue Leyla Ertur, directrice du développement durable du groupe H&M, dans le communiqué de la Fondation : « Si les gouvernements sont sérieux sur la circularité, ils doivent agir en supprimant la double imposition, en réduisant le coût du travail et en levant les autres barrières qui freinent la revente. »

« Pour faire de la seconde main le premier choix, ces modèles doivent être fiables, abordables et simples d'usage. La politique doit soutenir les modèles qui rendent les choix circulaires plus accessibles », ajoute Marianne Gybels, directrice du développement durable chez Vinted.

Mark Buckley, responsable mode et textile à la Fondation Ellen MacArthur, souligne pour sa part que « les entreprises sont aujourd'hui incitées à puiser dans des ressources neuves plutôt qu'à investir dans le maintien des vêtements en circulation ».

Fashion ReModel

Cette déclaration commune s'inscrit dans le cadre du programme Fashion ReModel de la Fondation, qui accompagne treize entreprises pilotes - parmi lesquelles Arc'teryx, Decathlon, eBay, H&M Group (et ses marques Arket, COS et Weekday), John Lewis, Primark, Reformation, Tapestry et Zalando - dans le développement de revenus issus de la revente, la location, la réparation et le reconditionnement. Un périmètre distinct des 69 signataires de la déclaration commune : plus restreint, mais opérationnellement engagé. Selon la Fondation, les revenus générés par ces activités circulaires progressent, chez ces treize participants, quatre fois plus vite que le reste de leur activité. Ils ne représentent encore qu'une faible part de leur chiffre d'affaires global.

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