Les vêtements sont refusés, acceptés ou réévalués avant d'être mis en vente dans les dépôts-ventes. Derrière ce travail se cachent des professionnels chargés d'estimer l'état, la désirabilité et le potentiel commercial des pièces. Une sélectionneuse se confie à CMCM.
Paris, reportage
Une pile de jeans occupe une partie du lit. Sur une étagère, des ouvrages consacrés à l'histoire du vêtement côtoient des catalogues de mode et des romans. Dans l'entrée, plusieurs paires de chaussures léopard, des Converse à paillettes et des sabots chinés attendent leur prochaine sortie. Chez Margaux Classens, la seconde main ne se limite pas au dressing.
Installée dans le Marais, cette passionnée de mode et d'histoire vit entourée d'objets qui ont déjà connu une première vie. Une continuité logique pour celle qui a travaillé pendant un an comme sélectionneuse à La Frange à l'Envers, un dépôt-vente parisien spécialisé dans la mode féminine.
« Beaucoup de personnes ignorent qu'il existe quelqu'un entre le déposant et l'acheteur », explique-t-elle.
Chaque jour, des sacs remplis de vêtements arrivaient au comptoir. Avant d'espérer rejoindre les portants du magasin, chaque pièce devait être examinée, évaluée et parfois refusée.

Un métier au cœur du dépôt-vente
Le dépôt-vente repose sur la commercialisation des vêtements déjà portés. Mais pour maintenir une offre attractive, tous les articles ne peuvent pas être acceptés.
Le rôle du sélectionneur consiste précisément à effectuer ce tri. Une couture fragilisée, un tissu déformé, une tache discrète ou une fermeture défectueuse peuvent suffire à écarter un vêtement. Certaines pièces attirent à l'inverse immédiatement l'attention par leur qualité de fabrication ou leur potentiel commercial.
« Il faut aller vite tout en restant très attentive. »
Le regard se forme avec l'expérience. Les matières, les finitions, les coupes et les marques deviennent progressivement des indicateurs. Le métier demande une connaissance du vêtement mais aussi du marché. Car sélectionner un article ne consiste pas uniquement à vérifier son état. Il faut aussi anticiper sa capacité à trouver un acheteur.
Certaines marques bénéficient d'une forte demande sur le marché de l'occasion. D'autres, pourtant prestigieuses, peinent davantage à trouver preneur. Le travail de sélection implique donc une lecture permanente des tendances de consommation. Les professionnels doivent tenir compte de nombreux paramètres : la saison, la marque, l'état général, le style, mais aussi les habitudes de la clientèle locale. Une robe parfaitement conservée ne sera pas forcément retenue si elle correspond peu aux attentes du magasin.
Une fois le vêtement accepté, reste à définir son prix. L'exercice relève à la fois de l'analyse et de l'expérience. Le montant doit permettre de rémunérer le déposant tout en restant suffisamment attractif pour l'acheteur final. Il doit également tenir compte des commissions prélevées par le magasin.
Passer ses journées entourée de vêtements peut aussi présenter quelques inconvénients. Margaux reconnaît avoir été tentée plus d'une fois par certaines pièces déposées en magasin.
« Forcément, il arrive de tomber sur quelque chose qu'on aimerait garder pour soi. »
Le paradoxe est fréquent dans les métiers de la seconde main : ceux qui sélectionnent les objets sont aussi souvent ceux qui les apprécient le plus. Cette proximité avec les vêtements a nourri sa propre pratique du réemploi.
Un appartement façonné par la seconde main
Chez Margaux, les frontières entre activité professionnelle et vie personnelle semblent parfois s'effacer. Son appartement est presque entièrement composé d'objets achetés d'occasion. Le lit, trouvé sur Leboncoin lors de son installation à Paris, repose sur des palettes récupérées. Une partie du mobilier a été chinée au fil des années. Les vêtements occupent une place importante mais ne sont pas les seuls témoins de cette pratique.
« Mon appartement est un joyeux bazar. »





La bibliothèque résume à elle seule une partie de son parcours. On trouve L'Histoire des modes et du vêtement, des ouvrages consacrés à Yves Saint Laurent, des livres sur le costume historique ou encore des romans classiques. Diplômée d'un master Marque et Branding au CELSA et titulaire d'un master d'histoire médiévale à la Sorbonne, Margaux Classen aborde la mode autant comme un objet culturel que comme un produit de consommation.



Chiner plutôt qu'acheter
La seconde main répond chez elle à plusieurs motivations. L'aspect économique compte, mais il n'est pas le seul moteur. Margaux apprécie surtout le temps consacré à la recherche.
« Le verbe chiner me représente. »


Un mannequin Balmain acheté 40 euros
Parmi tous les objets qui l'entourent, l'un d'eux résume particulièrement bien son rapport à la seconde main et au vintage. Dans son appartement se trouve un mannequin de couture datant des années 1950, attribué à la maison Balmain. Margaux l'a acheté pour 40 euros sur Leboncoin auprès de la fille d'une ancienne couturière de la maison.
L'objet vaut autant pour sa fonction que pour l'histoire qu'il transporte. Comme beaucoup de professionnels, elle voit dans les objets d'occasion autre chose qu'une simple opportunité d'achat : un patrimoine matériel qui continue de circuler.





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