Whatnot lève des centaines de millions et rogne ses commissions. Valorisé 20 milliards de dollars après avoir réuni plus d’un milliard en moins de deux ans, le spécialiste américain du live commerce a désormais les moyens de creuser l’écart avec ses concurrents occidentaux. Après les objets de collection, il accélère dans la mode. Avec une priorité : attirer les vendeurs. Jusqu’à renoncer temporairement à sa commission : six semaines sur la mode en France et en Belgique, vingt-quatre heures dans le monde entier.
Whatnot valait encore 4,97 milliards de dollars en janvier 2025. Dix-neuf mois plus tard, la plateforme américaine en vaut 20 milliards. Entre-temps, trois tours de table et 1,035 milliard de dollars levés : 265 millions en janvier 2025, 225 millions en octobre, puis 545 millions supplémentaires annoncés le 7 août 2026 lors d’une série G.
Le dernier tour est à lui seul plus de deux fois supérieur au précédent. Et suffisamment hors norme pour que Whatnot le présente comme la plus importante levée de fonds jamais réalisée dans le live commerce. Un record difficile à certifier de manière absolue : le live commerce n’a pas de catégorie financière parfaitement délimitée et les géants asiatiques du live shopping sont souvent intégrés à des groupes technologiques beaucoup plus larges. Mais parmi les plateformes occidentales spécialisées, les ordres de grandeur sont sans commune mesure.
À Londres, Tilt vient de lever 26 millions de dollars, portant à plus de 50 millions le total des capitaux réunis depuis sa création. Aux États-Unis, Popshop Live avait levé environ 20 millions de dollars en série A en 2021, pour une valorisation d’environ 100 millions. Le seul dernier tour de Whatnot représente ainsi plus de dix fois tout ce qu’a levé Tilt et environ 27 fois la série A de Popshop Live.
Même Vinted, référence autrement plus installée que Tilt ou Popshop Live, a basculé dans une autre catégorie de valorisation. Le groupe lituanien a été valorisé 8 milliards d'euros en avril 2026, à l'occasion d'une transaction secondaire de 880 millions d'euros. L'opération n'est pas de même nature qu'une levée primaire et les devises diffèrent, mais l'ordre de grandeur reste parlant : Whatnot est aujourd'hui valorisé un peu plus de deux fois Vinted, alors que ce dernier a réalisé 10,8 milliards d'euros de GMV et 62 millions d'euros de bénéfice net en 2025.
De 4,97 à 20 milliards de dollars en dix-neuf mois
Fondée en 2019 et basée à Los Angeles par Grant LaFontaine et Logan Head, l’entreprise avait déjà levé 260 millions de dollars en série D en juillet 2022, sur la base d’une valorisation de 3,7 milliards.
Puis les tours se sont rapprochés.
En janvier 2025, Whatnot lève 265 millions de dollars en série E et atteint 4,97 milliards de dollars de valorisation. Neuf mois plus tard, en octobre, nouvelle opération : 225 millions de dollars en série F, cette fois à 11,5 milliards de valorisation. Et dix mois après, 545 millions supplémentaires pour atteindre 20 milliards.
Sur ses trois derniers tours, Whatnot a donc réuni 1,035 milliard de dollars en dix-neuf mois. Sa valorisation a été multipliée par quatre sur la même période. Depuis sa création, environ 1,5 milliard de dollars ont été levés.
La série G est menée par ICONIQ, Lightspeed Venture Partners et Avra. Kleiner Perkins, Wellington Management et Standard Capital rejoignent le tour comme nouveaux investisseurs. Andreessen Horowitz, Bond, DST Global, Greycroft, Y Combinator et CapitalG, le fonds de croissance d’Alphabet, remettent également au pot.
L'entreprise indique vouloir consacrer les nouveaux capitaux au développement de ses outils pour les vendeurs, à l'intégration de l'intelligence artificielle, à l'acquisition de nouveaux acheteurs, à son expansion internationale et au renforcement de ses dispositifs de confiance et de sécurité.
Sur le terrain, la progression est tout aussi rapide. Whatnot réalisait encore environ 3 milliards de dollars de GMV en 2024. Selon les données communiquées au Wall Street Journal, le volume brut de marchandises aurait déjà dépassé 8 milliards de dollars sur le seul premier semestre 2026.
Autre indicateur de l’intensité de l’activité : plus de 550 000 heures de live seraient désormais diffusées chaque semaine, soit près de 79 000 heures de vente en direct par jour.
De la carte Pokémon à la mode
Whatnot n'a pourtant pas construit ses premiers milliards en vendant des robes et des sacs, mais autour des Funko Pop, avant de s'imposer sur les cartes Pokémon, les cartes de sport, les comics et les objets de collection en général.
Son fonctionnement s'éloigne d'une marketplace classique : un vendeur lance un live, présente ses produits un à un, les acheteurs achètent à prix fixe ou enchérissent en temps réel, et le paiement se déclenche à la clôture de chaque enchère. Plutôt que d'attendre qu'un acheteur découvre sa fiche produit, le vendeur profite de l'audience et du flux apportés par Whatnot pour faire défiler son stock devant elle.
Whatnot cherche désormais à exporter cette mécanique vers la mode, le vintage, les sneakers, le streetwear, les sacs, les bijoux, l'enfant et la beauté, sans être spécialisé dans la seconde main. Neuf et occasion y coexistent, sans ventilation communiquée. Impossible donc d'attribuer au recommerce les 8 milliards de dollars du premier semestre.
Reste, pour alimenter ces catégories, à faire venir les vendeurs.

En France, six semaines sans commission pour la mode
Depuis le 20 juillet, les vendeurs de mode établis en France et en Belgique voient leur commission Whatnot passer à 0 %. La promotion court précisément jusqu’au 31 août 2026 à 23 h 59, heure locale.
Pas besoin de code promotionnel ni de candidature : Whatnot précise que la réduction est automatiquement appliquée aux vendeurs éligibles. Et le périmètre est large. Huit ensembles de catégories sont concernés : mode femme, sacs et accessoires, mode homme, bijoux et montres, sneakers et chaussures, vêtements et chaussures pour bébés et enfants, beauté et streetwear. La réduction vaut aussi bien pour un article adjugé pendant un live que pour une vente effectuée directement sur la plateforme.
« 0 % » ne veut toutefois pas dire qu’un vendeur ne paie plus rien à Whatnot. En Europe, la grille tarifaire habituelle distingue deux prélèvements. Le premier est la commission sur la vente. Pour la plupart des catégories, elle s’élève à 6,67 % du prix final de vente, auxquels s’ajoute la TVA applicable. Le second correspond au traitement du paiement : 2,42 % de la valeur totale de la commande + 0,25 euro par transaction, auxquels s’ajoute également la TVA. Ces frais de paiement ne disparaissent pas pendant l’opération française.
La subtilité est importante pour un professionnel : les deux pourcentages ne sont pas calculés sur la même somme. Les 6,67 % portent sur le prix final de l’article. Les 2,42 % portent sur la valeur totale de la commande, qui peut comprendre le produit, mais aussi les frais de livraison et les taxes payées par l’acheteur.
Whatnot détaille lui-même le calcul à partir d’un produit vendu 50 euros. Sa commission représente normalement 3,33 euros. Avec une TVA à 20 %, 0,67 euro supplémentaire s’y ajoute. Si la valeur totale de la commande atteint 65 euros, les frais de paiement représentent 1,82 euro, auxquels s’ajoutent 0,36 euro de TVA.
Résultat : sur un article vendu 50 euros TTC, 43,82 euros reviennent au vendeur dans l’exemple donné par Whatnot.
Pendant les six semaines de promotion en France et en Belgique, les 3,33 euros de commission et les 0,67 euro de TVA attachée à cette commission disparaissent. Les frais de traitement du paiement et leur TVA restent prélevés.
Pour un professionnel, l'addition grimpe vite. 100 000 euros de ventes correspondent à 6 670 euros de commission hors TVA au taux standard de 6,67 %, avant même de compter les frais de traitement des paiements.
Le jour de sa levée, 0 % de commission dans le monde entier
Le calendrier ne s’arrête pas à la promotion française.
Le 7 août, jour où Whatnot annonce avoir levé 545 millions de dollars, la plateforme organise également une journée mondiale à 0 % de commission. De minuit à 23 h 59 selon le fuseau horaire du vendeur, tous les vendeurs Whatnot ont pu bénéficier de 0 % de commission, quelle que soit leur catégorie et que la transaction soit réalisée en live ou directement sur la marketplace. Les frais de traitement du paiement restaient, là encore, dus.
Cette journée ne changeait rien pour les vendeurs français et belges de mode, déjà couverts jusqu’au 31 août, mais élargissait temporairement le 0 % au reste des vendeurs et des catégories.
Et les six semaines françaises comme la journée mondiale du 7 août ne sont pas les seules dérogations accordées par Whatnot à sa grille tarifaire.
Whatnot réduit aussi ses commissions sur certaines ventes. Depuis le 14 janvier 2026, lorsqu’un article éligible est vendu plus de 1 500 dollars, seule la première tranche de 1 500 dollars est soumise à la commission. La part supérieure en est exonérée, même si les frais de traitement du paiement restent dus sur la totalité de la commande.
Prenons un sac éligible vendu 2 000 dollars aux États-Unis. La commission standard américaine de 8 % s’applique sur les premiers 1 500 dollars, soit 120 dollars. Sur les 500 dollars restants : zéro commission. Les frais de traitement du paiement, de 2,9 % du montant total + 0,30 dollar, restent dus sur l’intégralité de la transaction.
Cette réduction concerne certaines catégories, dont les cartes à collectionner, les jouets et, depuis le 4 juin, les sacs, les bijoux et les montres. Elle est accessible à tous les vendeurs Whatnot.
En France, la prochaine échéance est déjà fixée. Le 31 août à 23 h 59, la promotion supprimant la commission sur la mode prendra fin. À partir de septembre, Whatnot pourra mesurer combien de vendeurs attirés par la gratuité continuent à vendre lorsque les 6,67 % de commission, plus TVA, doivent redevenir applicables.



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