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« Le réemploi solidaire est compliqué » : la trocquerie n'a pas trouvé son modèle économique

Maurane Nait Mazi
22 juin 2026
22 juin 2026
Temps de lecture : 3 min

Après quatre ans, le rideau tombe sur la trocquerie. Ce commerce de troc de l'île de Nantes, fondé par Agathe Violain, avait fait sa réputation sur un concept : ici, les objets ne se vendaient pas, ils s'échangent. CM-CM.fr avait rencontré sa fondatrice en 2023. À l'heure du bilan, elle a accepté de nous répondre à nouveau.

Ouverte en 2022, la structure permettait aux particuliers de déposer vêtements, livres, jeux, vaisselle ou petit mobilier contre des crédits utilisables en boutique. Son modèle économique reposait sur des abonnements payants, allant de l'accès journalier à une formule annuelle d'échanges illimités facturée 144 euros par an. Les revenus provenaient du service de troc lui-même et non de la vente des objets.

L'initiative a bénéficié d'une importante couverture médiatique. Télévisions, radios et presse écrite se sont intéressées à ce modèle de troc permanent, rare, voire unique en France. Le projet a également reçu plusieurs distinctions dans l'économie sociale et solidaire. Cette visibilité n'a pas suffi à assurer son équilibre économique. « Ce que je trouve fou, c'est le décalage entre la visibilité énorme que j'ai eue et le fait que ça ne marche pas au final », confie Agathe Violain à CM-CM.fr.

L’abonnement pour le troc

Selon la fondatrice, le modèle s'est heurté à plusieurs obstacles. « Le système d'abonnement pouvait fonctionner mais c'était encore compliqué dans la tête des gens », estime-t-elle. Elle observe également une difficulté plus profonde : « Les gens ont du mal à donner de l'argent dans la seconde main. »

L’expérience n’a jamais trouvé sa rentabilité. « Il n'y a plus de trésorerie et je n'ai plus l'énergie pour me battre », a résumé Agathe Violain auprès de Ouest France.

« Quand j'ai voulu me payer, rapidement plus de trésorerie »


Le modèle s'est notamment fragilisé lorsque la fondatrice a tenté de se rémunérer. « Quand j'ai voulu me payer, rapidement plus de trésorerie », explique-t-elle. Plus largement, elle estime que « tout projet dans le réemploi solidaire est compliqué quand ce n'est pas que bénévole ou à la charge d'une ville ».

À ces difficultés économiques s'ajoute l'épuisement personnel. « Oui, extrêmement », répond-elle lorsqu'on lui demande si elle est fatiguée. « J'ai besoin d'une pause. »

Cette fermeture rappelle les difficultés rencontrées par certains modèles alternatifs du réemploi pour conjuguer impact social, ambition environnementale et viabilité économique.

Agathe, fondarice de la Trocquerie, dans la boutique emcombrée par des objets d'occassion
Affiche indiquant le fonctionnement de la Trocquerie avec des gomettes. L'affiche mentionne : La valeur des objets n'est pas la même pour tout le monde. La valeur du produit dans le trocquerie est considérée différemment de son prix d'achat. L'idée est de privilégier l'éthique et se détacher de la vleur monétaire et aussi sentimentale des objets. Les échanges sont catégorisées par un système de gomette à couleur : rose, violette, bleue

En 2023, CM-CM.fr avait consacré un reportage à ce commerce pionnier du troc moderne. « Un objet sort de ta maison, un objet rentre », résumait alors Agathe Violain pour défendre une logique de consommation sans achat supplémentaire avec un système de gommettes attribuant une valeur à chaque article.

Pour ses derniers jours d'activité, La Trocquerie organise une ultime rencontre avec ses usagers. La boutique célébrera à la fois son quatrième anniversaire et ses adieux. « C'est toujours plus beau de terminer une aventure sur une note festive », explique sa fondatrice.


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