Hier, elle vantait Shein. Aujourd’hui, elle en expose les rouages. Ancienne ambassadrice de la marque chinoise, Claire Latour décrypte désormais le géant de la fast fashion.
Avec ses 137 000 abonnés sur Instagram et 450 000 sur TikTok, elle détonne dans le paysage des créateurs de contenu. Longtemps complice du succès de Shein à travers des partenariats et des hauls (ces colis offerts en échange de visibilité), elle prend aujourd’hui du recul. Face caméra, elle questionne le modèle qui l’a séduite avant de la faire douter. Figure centrale du documentaire Shein : Enquête sur le géant de la fast fashion, diffusé sur France.tv Slash, Claire Latour revient sur son parcours. Un an d’investigation aux quatre coins du monde, des images d’archives, des témoignages… Une plongée dans l’envers du décor. Derrière les vêtements à bas prix, la production éclair et le marketing agressif, elle éclaire les failles d’un système qu’elle a contribué à alimenter. Mais aussi les alternatives : la seconde main, les friperies, et une autre d'acheter.
Casser l'influence Shein
En 2022, Shein s’invite dans les contenus de plus de 1 000 créateurs, touchant des millions d’utilisateurs. Claire Latour en fait partie. Avec ses vidéos de déballage et d’essayage, elle alimente un puissant réseau d’influence. Mais la mécanique se grippe. Derrière un vêtement à 5 euros, elle découvre une réalité bien moins éclatante : toxicité des produits, désastre environnemental, ouvriers sous-payés. Les colis s’accumulent, le doute s’installe. Que cautionne-t-on en promouvant Shein ?
Le documentaire Shein plonge au cœur d’un système où l’influence s’échange contre des vêtements, où la visibilité masque une industrie opaque. Entre introspection et investigation, Claire Latour remonte le fil.

Le récit repose sur le regard que Claire Latour porte sur son parcours. Elle assume ses choix passés tout en questionnant la responsabilité de Shein et des influenceurs. "On nous a fait croire qu’on pouvait être influenceuse sans être responsable. C’est faux.", dit-elle face caméra. À ses côtés, la journaliste Nathalie Gros pour Capa Presse, décrypte ces pratiques et leurs conséquences.
Accra, au Ghana : face au désastre textile
Quitter Shein ne suffisait pas. Restait à comprendre où finissent les vêtements qu’elle a contribué à écouler. Claire Latour suit la trace de l’ultra fast fashion et en documente les ravages. À Accra, au Ghana, Sammy Oteng, militant de The Or Foundation, la guide à travers le marché de Kantamanto, où affluent chaque semaine 15 millions de vêtements usagés. Triées, revendues, parfois upcyclées, ces fripes venues de Chine, d'Europe et d'Amérique Nord alimentent un commerce précaire. Mais une part croissante, invendable, finit en décharges à ciel ouvert, étouffe les rivières, envahit les plages. Face à ce désastre, Claire Latour prend la mesure du problème. L’illusion d’une mode accessible s’efface, laissant place à une crise mondiale, loin des écrans.

Claire Latour se confronte à une décharge à ciel ouvert, dernier refuge des invendus de la fast fashion. Une scène glaçante : montagnes de tissus en décomposition, relents d’incinération, traces visibles d’un système à bout de souffle.
Le documentaire explore aussi les alternatives. Claire Latour pousse la porte de Yallah, une friperie parisienne. Régina Daghman, la gérante, lui présente une sélection de pièces choisies pour leur qualité et leur style. "Il y a quelques années, je n’aurais jamais mis les pieds ici. Aujourd’hui, je ne veux plus acheter ailleurs." confie l’influenceuse en ressortant. Depuis la diffusion, Claire Latour promeut activement la mode vintage sur ses réseaux. Sur les réseaux sociaux, un perfecto d’occasion acheté 30 euros et lance : “Branchez-vous vintage, c’est la vie, je trouve toujours des pépites !”. Elle a aussi partagé son CV, annonçant son retour en freelance dans la rédaction web. Une transition qui scelle sa rupture avec Shein.
Lire aussi : L’ex-Shein girl qui a retourné sa veste (et le système)
Catégorie : Plateformes



%20Roxane%20De%20Almeida%20(2).webp)












